Pourquoi je n'irai pas voter

A chaque fois que le sujet est sur la table, il y a quelqu’un pour me dire que des gens sont morts pour que nous ayons le droit de vote. Il faudrait donc aller voter.
Ce que je réponds c’est que, puisque des gens se sont sacrifiés pour notre liberté, la moindre des choses c’est de rester libre. Il ne sont se sont pas battu pour avoir le droit de vote, mais la liberté de voter, la liberté de dire ce qu’on pense.
Aussi, faut-il avoir le courage d’affirmer visiblement son opinion. Le vote est un grand bien, mais le vote reste un petit acte, surtout depuis que nous sommes devenu des consommateurs de tout, dont de paroles politiques. Je me cache pour voter et cela permet à tous d’avoir le courage de le faire. Mais si j’entre dans cet isoloir pour voter pour celui qui me donnera ma carotte, qui me promettra le plus, ou encore qui fera plaisir à mon envie de tout casser, alors je ne suis pas un citoyen. Car, après ? Je retourne à mes occupations de base, je cesse de lutter, si ce n’est en pestant assis dans le canapé et regardant le 20h.
Faire honneur à ceux qui ont gagné ma liberté, c’est autre chose que d’aller voter pour des VRPs endimanchés.

Car je voudrais ne pas dire “tous pourris”, mais la réalité me rattrape. Même au fin fond de ma campagne, ceux à qui le peuple donne un chouia de pouvoir s’oublient dans les méandres de leur situation, autant que tous les autres, là-haut. Ils font “le politique”. Avec ou sans talent.
De base donc, je ne serais pas allé voter.
Oh, il fut un temps où je disais un truc con, du style “tu ne vas pas voter, tu n’as que ce que tu mérites”. Oui, je pourrais juste changer un bout et ça donnerait “tu vas voter, tu n’as que ce que tu mérites”.
Serais-je passé d’un extrême à l’autre ?
Non, je me suis juste rendu compte qu’il n’est pas si simple de faire de la politique, de la vraie, quand il s’agit juste de vendre des chaussettes. Avec leurs boîtes de com’, les partis nous tiennent par le slip. Tous au services des “grands” patrons qui détiennent la presse, etc. Il ne s’agit pas là d’un discours a minima d’un pouilleux d’extrême gauche.Il s’agit malheureusement d’une réalité factuelle. Les politiques finissent par faire ce que les puissants souhaitent qu’ils fassent, et ce n’est pas les quelques faux-semblant servant de leurres qui y changent quelque chose. Et les puissants sont ceux qui ont les poches pleines, bien pleines. Pourtant je n’affirme pas qu’il ne soit pas possible, dans l’absolu, de vaincre ce système d’entre soi. C’est juste que cela demande une énergie immense que seule la soif de pouvoir peut paradoxalement vous donner. Pour les autres, les idéalistes, ils s’épuisent au bout de leur jeunesse, ou sont absorbés par le système qu’ils ont combattu. Tout le monde aspire à son bien être. Faute de pouvoir l’obtenir pour tous, on se contente de l’obtenir pour soi.
D’ailleurs, si ce que vous voulez c’est changer le monde, on vous dit que vous êtes un enfant. Et on vous renvoie dans votre cour de récré. Les gens sérieux sont pragmatiques, n’est-il pas ? Ils font la même chose que tous les autres avant, puisque ça marche. Oui, pour eux, ça marche bien. Ils ont ce pouvoir qu’ils convoitent tant, du moins pour les plus “talentueux” d’entre eux.
Je vous le dis, donc, je ne serais pas allé voter de toute manière, mais restons précis. Voici les listes de ma région, avec mes modestes, mais méchants, commentaires:

  • Nouvelle Donne: j’en connais un. La fois où je l’ai rencontré, il parlait de coups politiques, d’aller faire semblant, tout ça dans la même phrase presque. Épatant. C’est le gars qui n’a pas eu de place chez les verts. Ceci dit, il n’a pas eu de place non plus chez ND finalement, pas cette fois-ci, puisque ces gens désignent leur candidats par un jury tiré au sort (dixit ). C’est presque bon, mais le tirage au sort direct auraient été plus fracassant. A partir de là, on peut regarder ce qu’ils disent. J’avoue, ils ont plus de 50% de bonnes réponses dans ma grille à moi, mais à creuser, le ton est un ton de com’. Je n’arrive pas à voir en quoi ces bons gens, qui veulent être gentils avec tout le monde, surtout avec les gentils électeurs, sont tellement plus gentils que les autres gentils, qui disent l’être également, avec les mêmes gentillesses. Bref, des nounours en peluche qui rêvent d’être des tigres. Donnez leur le pouvoir, et ils feront du PS.
  • Ah oui, le PS. Que dire. Rien. Ils ont touché le fond des marmites de la droite et là, ils semblent essayer de récurer un peu les plats du FN, on ne sait jamais. Leur cri de guerre: “votez pour moi, sinon c’est pire”.
  • Le FN, justement. Un parti, que dis-je un club de vainqueurs. Vous savez, le genre de gars qui gueulent au loup, alors qu’ils ont des crocs deux fois plus gros. Le genre de gars à sourire à chaque attentat en se frottant les mains. Le genre de gars que la haine arrange et nourrit. Le genre de gars à toujours dire “c’est la faute aux autres”. Le genre de gars à parler et écrire mal le Français. L’avenir quoi.
  • Les Républicains (pour cette fois Union de la droite et du centre). Les quoi ? Les voleurs de mots ? Pâle copie des précédents, en panique de courir très à droite et de se faire doubler des deux côtés. Le genre “plus fort que moi, y a pas”, “je ne hais point, mais je vous mettrais bien une raclée pour voir”, “s’il y a une guerre, moi je suis le chef”, “les étrangers sont tous des assistés et c’est pas le FN qui l’a dit en premier”, “laissons les entreprises diriger le monde, nous serons à leur service”. Bref, une belle bande d’amateurs. A cela se rajoute l’autre machin pyrénéen qui dit “tous au milieu”, mais qui ne s’y connais décidément pas en géométrie.
  • Front de Gauche (FdG): s’il n’y avait pas Mélenchon, nous pourrions en discuter. C’est pas qu’il dise que des conneries, mais ce gars aime le pouvoir autant que tous les autres. Et pour lui, pour l’instant, le pouvoir se limite à juste exister médiatiquement.
  • Union populaire républicaine (UPR): ceux qui n’avait pas de place chez LR ou FN, sans doute. Pas tout compris, mais ils ont l’air aussi déchirés que le FN dès qu’il s’agit des choses d’ailleurs. Vous savez, les étrangers de la mauvaise religion (sauf s’ils nous achètent des trucs), les chinois (sauf s’ils nous achètent des trucs), … Ils veulent a priori qu’on leur foute la paix (pas d’impôts), mais en leur donnant tout de même des trucs, les trucs des autres (les aides aux entreprises). Je dirais que ce sont des désœuvrés qui croient beaucoup travailler et sont jaloux de ceux qu’ils voient comme des fainéants.
  • La vague citoyenne / Faisons ensemble: des personnes n’ayant pas eu de place chez EELV ? Il paraît. De toute manière, pas tout compris non plus. Des révolutionnaires, mais pas trop, des citoyens en transition, mais pas trop, des gens de gauche, mais ça dépend pourquoi. Et il paraît qu’ils sont beaucoup, menés par une certaine Marie Bové. Dommage, j’aimais bien le père.
  • Europe Écologie Les Verts (EELV): là aussi j’en connais un. Original de la copie échouée chez ND, lui-même il n’a pas eu de place chez le PS, mais reste leur pote, au cas où. Il parle comme Ségolène Royal et fréquente Délphine Batho, l’insoumise qui a démissionné avant qu’on la démissionne. Ou l’inverse. Il paraît, d’ailleurs, qu’elle était à fond pour le contrôle de la presse lors de l’état d’urgence constitutionnalisé (). De gauche, disaient-ils. C’est aussi, accessoirement, une tueuse de loups. Mon ami “écolo” a donc de très bonnes fréquentations. Pourquoi ? Il gère. Sa carrière, sans doute. Le reste, c’est du bla bla. Et il ose me dire souvent que moi je ne fais rien, contrairement à lui. Oui, j’avoue, je ne vais pas peupler son monde de quelques petites mains de plus travaillant à sa petite gloire, ni à ses quelques pots de l’amitié servant à rappeler qu’il existe et à répandre la nouvelle d’un nouveau (petit et provincial) messie. Non, je plante des arbres, moi. Désolé.
  • Debout la France: oui, des mecs qui veulent la mettre à genou crient, anticipativement, “debout”, tout ça. C’est encombré quand même du côté des néo-libéraux ultra-nationalistes.
  • Lutte Ouvrière: ce sont franchement des gentils déguisés en méchants. Faut pas croire. Bien que plus cultivés que les extrêmes opposées, ils manquent tout de même d’imagination et restent trop simplistes dans le discours. Ils ont d’ailleurs perdu de vue leur public. Il n’y a plus trop d’ouvriers dans le pays. Dommage, car les ouvriers avaient au moins cette belle manie de s’unir pour défendre les plus faibles, indépendamment de leurs origines. La vraie gauche, en sommes.

Et voilà. On a fait le tour. Aucune raison d’y aller, n’est-ce pas ? Car si c’est pour voter celui-là pour que l’autre, pire, n’y arrive pas, on n’est pas rendu.
Il reste le vote blanc, qui compte pour des prunes.
Mais, justement, à tout ce bordel se rajoute l’autre. L’état d’urgence. Genre tout le monde doit se tenir à carreaux, penser comme les 95% qui sont d’accord entre eux dans les sondages, ou encore, pourquoi pas, comme les 50% qui maintenant aiment Hollande.
A propos: on peut se poser la question, tout de même: Hollande ne commencerait-il pas à aimer la guerre, à force de voir que c’est la seule chose qu’il semble savoir faire, du moins selon les Français ? A se demander tout de même… Et puis Bush junior, son nouveau modèle, a réussi deux mandats comme cela. Deux.
Je disais, donc, j’ai rencontré une poignée de gens qui votent blanc, mais votent, pour éviter les questions, les regards des connaissances du village. Elle est belle la liberté. Et ils vont faire quoi: plier un papier journal pour que cela ne se voit pas ? Sans blague… C’est pour ça que nos ancêtres se seraient battus ? Pour la liberté de faire semblant de voter, alors qu’on peut se faire arrêter au coin de la rue pour avoir joué de l’harmonica en attroupement d’écolos ?
Ils ont bon dos les ancêtres.