Les voleurs de mots

Hier j’ai rencontré le diable.
Oh, ce n’était que son alter-ego, Stéphane Le-Foll, ministre de l’agriculture et grand meurtrier devant l’éternel. Dernier exploit: autorisation de tuer loups, puis plus récemment bouquetins, pour se faire mousser auprès de ses employeurs de la FNSEA. Principe de précaution économique paraît-il (on n’applique ce principe en France que lorsqu’il s’agit d’argent, pas de santé, d’avenir de nos enfants etc.). Cette fortuite rencontre m’a mis dans tous mes états: aurais-je dû lui cracher à la figure ?

Que se serait-il passé alors ? Le bougre est plutôt costaud, je ne suis pas sûr que j’aurais fait le poids, surtout qu’autour il y avait ce petit peuple tout flatté d’avoir la visite d’un nantis. Il aurait certainement fallu faire face à leur courroux.
Pourquoi tant de haine ? Parce qu’au delà de sa petite personne de petit machin politique, il y a cette envie de clacher lui et sa bande d’arrogants qui, assis en permanence dans notre poste de télévision, dans nos radios, dans nos journaux, nous volent non seulement l’avenir et le présent, mais jusqu’à nos mots.
Ce clone de son ami de président, de même que de son collègue Macron, ou de la fouine Cazeneuve, ressemblant tellement à Cahuzac et se différenciant de Sarkozy par la taille et de Marine par le genre, ce clone, donc, représente l’obstacle constitué par ces milliers d’agressifs parvenus à nous tenir en laisse tous, tant que nous sommes.
Tous pourris ? Oui, fachos compris bien entendu. Ce soir je suis d’humeur encore moins tolérante encore…
Prenons la star du moment. En parler, c’est lui donner raison de pouffer des conneries à longueur d’interventions, mais tant pis. Car le Macron parle pour exister.
Macron donc, qui du haut de sa “pensée novatrice” nous dégaine un mythique “le libéralisme est une valeur de gauche”. Oui, ils n’ont plus honte de rien. Comme personne ne comprend plus rien et que la scène publique est comme un champ de bataille ou on tire en permanence des grenades fumigènes et assourdissantes, on peut tout dire, pourvu qu’on crie plus fort. Et on crie d’autant plus fort que l’outrance est grossière.
Ces politiques, je l’ai déjà dit, sont des vrais méchants clowns, le Joker de Batman cloné à l’infini.
Alors discutons avec ce voleur, Macron. Il nous vole les mots “de gauche”, pour pisser dessus. Alors aucun juge ne pourra m’en vouloir de faire pareil à l’égard de cette énergumène.
Ceci dit, je vaux mieux que lui et je vais aussi expliquer un peu à ce petit fumier ce que c’est d’être de gauche.
Nous voilà donc à un tournant: un gars (moi), un inconnu qui n’a le droit que de publier dans un coin perdu de l’univers, de s’exprimer presque pour lui-même, va essayer d’expliquer, en quelques phrases, l’essence simple du fait d’être à gauche de l’échiquier politique, aujourd’hui et demain. J’en ai vu des journalistes, que j’estime pour certains, des “intellectuels”, des politologues chier une explication sur le sujet pour répondre à la macronade, mais, je trouve, ils sont tous tombés dans le panneau. Car on s’en tape du mot “libéralisme”. On laisse ça au beau gosse qui veut qu’on parle de lui.
Oui, être de gauche c’est simplement penser collectif. Nous vivons l’ère de l’individu, certainement depuis plus longtemps qu’on veut bien le croire, nous autres de gauche, justement. La gauche est née de ce désir de s’unir autour de l’idée que les plus faibles surpasseront leur condition uniquement ensemble.
Bien entendu, il s’agit à mes yeux d’une idée universaliste. Avec la conscience réacquise de l’importance de chaque parcelle du système Terre, non humains compris, le plus faible peut être simplement un hérisson qui traverse la route. De ce point de vue là, la “gauche” n’a pas encore existé. Il est temps de la créer, et qu’on ne me parle pas de EELV machin…
Manquant de la moindre imagination, conditionnés par leur clonage collectif, mais aussi par l’attente des individus qui composent notre société, les politiques n’en sont plus capables. Non pas de par leur condition de politiques, mais par leur condition de non penseurs. Leur métier, c’est de se faire élire, de gueuler, de paraître, pas de réfléchir. Et vous savez quoi ? C’est grâce à vous tous, ceux qui votez avec votre ventre à chaque élection, pétris que vous êtes de la peur de perdre le peu que vous avez, de perdre votre condition d’esclaves, au mieux du travail, au pire, des élites.
Cessez de regardez ces clowns en disant: “tous pourris”. Ils ne font que vous renvoyez l’écho. Prenez votre destin en main, rappelez-vous que la survie passe par le groupe et que le groupe est la cause et la conséquence de la solidarité. Pensez en être vivant et vous vous apercevez qu’en plus des Hommes, chaque être peut en faire partie, et même chaque chose. Ayez de la compassion pour vos semblables, mais aussi pour toute entité qui vit ou qui est. Vous n’en serez que plus heureux, débarrassés des haines et des peurs.
Michael Moore a dit une chose formidable: “L’ignorance engendre la peur. La peur engendre la haine. La haine engendre la violence. L’équation est simple.”.
Évitez d’être des ignorants en vous intéressant à tout et surtout à bien plus que ce qui vous paraît immédiatement nécessaire.
N’ayant pas peur.
Ne haïssez pas, car vous serez haïs.
N’utilisez pas la violence, car “la violence est le dernier refuge de l’incompétence” (Isaac Asimov).
Et moi, diriez vous ? Que vais-je faire de toute cette haine que j’ai pour ces salopards ? Je vais faire poussez des arbres. La haine, c’est de l’énergie. Il faut savoir la canaliser. Nous avons le droit d’être faibles et de haïr. Nous n’avons pas le droit de ne pas nous en rendre compte et de ne pas essayer de changer cela en quelque chose de bien.

Et pour ceux de droite qui n’auraient pas compris le message, qui me diront “vous n’avez pas le monopole de la solidarité”, je les conseillerais de bien relire, jusqu’à totale compréhension. Comme dans une petite prière récitée et méditatoire, les choses vont se clarifier petit à petit, avec le temps.
Répétez après moi: “être de gauche c’est être solidaire de toute chose qui est, défendre toujours le plus faible, fusse-t-il la montagne qu’on veut raser, c’est comprendre que le faible est le loup. Être de gauche c’est être l’égal de tous et de tout, c’est défendre ses enfants en défendant le tout. Être de gauche c’est donner un sens à la vie, manger pour vivre, vivre pour s’émerveiller”.
Et en tant qu’agnostique je dis à tous les cathos, à tous les évangélistes etc: Jésus était de gauche, bande de tartuffes.
Prends-ça le Macron.
Heureusement que je n’ai pas sorti cette tirade hier, au resto, à la table d’à côté où se trouvait Le-Foll. Il m’aurait rit au nez ce petit con et j’aurais été bien dans la merde à avoir envie de lui démonter sa gueule de play-boy. “La violence est le dernier refuge de l’incompétence.”