Nouvelle ère

Lorsqu’on souhaite ses actes en cohérence avec ses idées, il faut de suite cesser de réfléchir et appliquer, quitte à manquer de perfection.
Je suis décroissant (objecteur de croissance pour les diplomates à la langue agile).
Mon entreprise ne sera jamais une “grosse boîte”. Mon message ne sera jamais (plus) un ersatz de souvenirs de cours de marketing d’un étudiant raté, ni celui d’un jeune loup plein d’arrogance créant la n-ième “méga innovation toute nouvelle qui va tout changer”.
Je n’ai jamais fait de marketing et j’aime trop les loups, les vrais, pour m’abaisser à m’inscrire dans la catégorie de leurs pitoyables alter-egos humains.
Pourquoi remplir un site web de mots vides, pourquoi se répandre à déverser une tonne d’inepties juste pour faire semblant d’être sérieux. Ce site est un site de réflexion. Réfléchir devient dérisoire face à l’action des imbéciles. Mais c’est jouissif et ne demande que du temps. Ce temps que le travail nous prends, sans trop qu’on comprenne pourquoi, dans quel but, si ce n’est l’achat d’un nouvel iMerde.
Si je dois être le clown qui fait rire les “petits chefs” (devrais-je dire les petits “kaporals”, peut-être) des entreprises “toutes innovantes tout le temps”, je le serai. J’ai autant d’estime pour eux qu’inversement et je n’ai plus rien à prouver, du moins pas dans leur domaine de compétence, à savoir la dissection de l’air par pompage alternatif.
Pour ma part je fais, ou parfois je ne fais pas, ce qui est souvent tout aussi bien. Vous n’imaginez-pas tout ce qu’on peut réaliser quand on fait une seule réunion par mois et qu’on n’a que deux ou trois mails à décortiquer chaque jour…
Une nouvelle ère donc: celle ou je vais tenter de gagner ma vie sans faire semblant d’être eux. D’expérience, il y a encore et toujours assez de gens intelligents dans le système, pour trouver quelques clients ouverts d’esprit et désirant également faire simple, sans fioritures, efficace et durable.
L’informatique est un art de l’éphémère: peu de lignes de code résistent au temps et de moins en moins.
L’ingénierie est aussi un art. Du moins pour ceux qui le souhaitent. Il s’agit de l’art de rendre les solutions éternelles, ou encore d’éviter les problèmes, ce qui évite de passer du temps à trouver des solutions.
Je pratique donc l’informatique low-tech (attention, piège: novelangue): je propose à mes clients des solutions à leur problèmes de telle manière qu’ils n’aient pas besoin de me faire revenir. C’est un luxe et une chance que peu ont la possibilité de s’offrir.
Le sens de la survie m’oblige encore d’aller voir quelques distributeurs de billets (traduction: des personnes qui, de par leur poste, ont la possibilité de distribuer plus ou moins librement de l’argent qui n’est pas le leur). Activité de plus en plus fatigante, certainement en voie de disparition si l’un ou l’autre de ces personnages passe par ce site et comprend en être un peu la cible.
Car j’ai cette critique pour tous les critiques du dimanche: si vous pensez ce que vous pensez lorsque vous voyez ce que vous voyez, alors ayez le courage de le dire haut et fort, même si cela vous créera de l’inconfort, même si cela vous fâche avec les voisins, le chef, le client, le fournisseur, le mec le plus riche du coin ou le petit politicard qui fait peur à tous avec ses longues canines. A tous ceux qui se plaignent de ce monde, je dirais qu’il faille d’abord avoir le courage de ses actes et les actes en lignes avec ses paroles, elles-mêmes reflets de ses réflexions.
Malgré tout, je reconnais que dans la société dans laquelle on vit, ce site “vend” quand même quelque chose. Il “vend” l’idée d’intégrité, de dignité, de droits et devoirs… Il “vend”, car il n’est pas exclu que mes mots me servent autant qu’ils pourraient me desservir. Mais soyons honnêtes: avec l’effort nul que je dépose pour la visibilité sur Internet, le risque de l’un ou de l’autre reste bien faible.
En tout cas, advienne que pourra !
L’important, c’est tout le reste.