Je suis un immigré

Je suis un immigré. C’est dit. Ça et la suite ferons peut-être qu’un jour, trois ou quatre cons frapperont à ma porte pour me demander qu’est-ce que je fous dans les campagnes françaises.
Il m’est déjà arrivé de devoir répondre. Eh oui, il se trouve toujours un “bon Français” pour vous poser la question, à la moindre critique de votre part, vous l’étranger de naissance. Oh, ce n’est pas fréquent, certes, et je ne vais sûrement pas me poser en victime. Bien au contraire. Je vais revendiquer la position du méchant.

Voilà 37 ans, un spermatozoïde a rencontré un ovule quelque part sur le territoire de la Roumanie. a la même époque, aussi bien qu’avant ou après, d’autres gamètes se rencontraient ailleurs, dont en France. Je n’ai aucun mérite à cette rencontre, à moins de se vouloir champion de la magie du cosmos et s’être créé soi-même, à l’endroit voulu, avant d’avoir encore existé.
Par la suite, j’ai eu de la chance. Je suis né dans la bonne maison, du moins si on considère mon destin comme enviable, ce que je veux bien accepter. Mes parents se sont occupé de moi au mieux, ont fait des sacrifices. Moi aussi, mais, je le répète, j’ai eu de la chance. Certains diraient que je me suis battu pour arriver en France. Je suis d’accord: je me suis battu en tout cas plus pour être ici, qu’un Français né Français. Et voilà. Tout est dit. Factuellement, j’ai plus de mérite à être Français, que tous ceux qui me demandent ce que je fous là.
Pendant ce temps là, en Méditerranée: 700 mors il y a deux ou trois mois, 800 morts il y a une semaine.
22000 morts depuis 2000 !
Il y a les “pragmatiques”: “on ne peut pas accueillir toute la misère humaine”.
Il y a les pathétiques: “oui, ben moi j’ai 1000 euros par mois pour vivre et on veut me prendre mon argent pour le filer à ces va-nus-pieds”.
Il y a les puants: “c’est bien fait pour leur gueule, ils avaient qu’à pas venir nous faire chier chez nous”.
Il y a les politiques: “nous allons prendre des mesures contre ces ‘terroristes’ que sont les passeurs. Nous allons tout péter”.
Il y a les compréhensifs: “ça arrive”.
Il y a les incompétents: “c’est tous des intégristes et futurs terroristes”.
Il y a le faux incrédule: “ah bon ?”
Il y a les complotistes: “c’est un mensonge pour nous faire gober l’invasion de l’Europe par les migrants”.
Il y a les intellectuels: “ils devraient rester chez eux et lutter contre la corruption et les régimes dictatoriaux. On va même les aider à changer de dictateur, de temps à autres, pour varier”.
Il y a… un peu tout le monde: “euhhh ?…”
Pourtant, aucun de ceux cités ci-dessus n’a un mérite quelconque d’être né quelque part.
Je dirais même plus: descendants des “tribus” les plus agressives (les blancs), la plupart des nantis devraient juste se rappeler que leur “civilisation” est le résultat de l’écrasement de bien d’autres.
Il est tout même étonnant que ceux qui par ailleurs clament la supériorité de la méritocratie, oublient qu’au fond, ils n’en ont aucun.
Non, en fait ce n’est pas étonnant du tout.
Et personne ne le dit mieux que Brassens:


La ballade des gens qui sont nés quelque part

C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est être habités
Et c’est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher
Qu’ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s’en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c’est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C’est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n’eurent pas la présence
La présence d’esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n’aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Je recommande la version chantée par Tarmac, pour un plaisir complet. Désolé pour Youtube. Je travaille activement à trouver une solution.