Le geek, ce débile

Marre, il y en a marre.
Il paraît que les geeks ont gagné. Oui, l’insupportable inconsistance de l’esprit mouton, ainsi que l’incompétence qui va avec ont gagné depuis fort longtemps. Maintenant, ça s’appelle la culture geek.
Et dieu sait que je n’arrête pas de me faire traiter de geek. Jusqu’à mes clients Chinois. A priori, le fait d’avoir abandonné le costard et l’utilisation massive de (la même) polaire Quetchua font qu’on puisse vaguement me prendre pour un adepte de Mark Zuckenberg.
Si c’était le cas, j’aurais déjà ma maison en Grèce, comme j’en rêve depuis toujours.

Car il y a deux sortes de geeks: la masse des débiles qui payent et la poignée d’enfoirés qui en profitent. Et vous savez quoi ? Je ne peux que donner raison aux enfoirés. Peut-être aurais-je été moi-même l’un d’entre eux, si j’avais eu leur talent.
Si on regarde la définition du mot geek, on se rend compte très vite qu’on ne sait même pas de quoi on parle. Mais, admettons: un mot ayant pris un nouveau sens à l’échelle de la planète, il faut bien l’utiliser tel que tout le monde l’entend.
Comme toujours, je suis tenté de simplifier, comme plus haut, en définissant deux catégories uniquement. La réalité est plus complexe, bien entendu, mais on peut tout de même essayer de caser un peu tout le monde (il paraît que j’adore ça et que “c’est pas bien”). Les geeks sont, donc:

  • des informaticiens ayant réussi
  • des informaticiens ratés, mais qui, pour rester des incompris, restent des génies potentiels
  • des technophiles de 3 à 107 ans, de préférence avec un pouvoir d’achat occidental ou élevé par rapport aux campagnards incultes, argent soit en provenance d’un boulot sérieux (genre “manager”, “leader”, “grand chef”, “moyen chef”, “petit chef”, “futur chef”, etc.), soit d’un boulot pas sérieux qui en jette (développeur, créateur de start-up, “community manager”, etc.), soit, ultimement et parfois en même temps, de papa-maman
  • des pauvres types qui ont failli remplacer la bière par les smartphones dans le plus gros poste de leur budget, mais qui on fini par garder les deux
  • des bricoleurs du Dimanche qui ont remplacé la menuiserie par des Raspberry Pi
  • des “défenseurs du libre”, qui n’ont jamais su pourquoi ils avaient fini dans cette secte-là
  • des faiseurs d’opinion (d’achat de souris) qui ont fini par s’y croire
  • des “journalistes” de moins de 40 ans
  • des gens qui s’extasient devant tout objet qui utilise l’énergie électrique…

La liste est certainement plus longue que ça, mais essayons de comprendre pourquoi, contrairement à moi, la plupart considéreraient comme un compliment le fait de se faire traiter de geek.
Tout d’abord, l’aspect sectaire de la chose. Car une des raison pour laquelle on peut succomber à une secte, surtout par les temps qui courent, c’est le fait de se sentir un élu, quelqu’un à part, quelqu’un possédant une connaissance que le commun des mortels n’a pas. Certes, arrivé au stade où des centaines de millions d’individus revendiquent la même chose et pour les mêmes raisons, on peut se demander comment la magie continue à opérer, mais je ne nie pas la part de mystère dans la connerie humaine. Les geeks sont donc des gens qui ont la quasi certitude de comprendre des choses que d’autres ne comprennent pas. Et ça les rend fières.
Ensuite, il y a un réel amour de la technique, pour une partie d’entre eux, qui faute d’un talent réel pour la chose, du moins dans la grande majorité de ces cas, se transforme en un amour de la possession, même éphémère, de ces objets qu’ils auraient voulu créés.
Il y aussi les très bons, qui font des trucs de fou (du moins si on considère que faire des “trucs” différents et nouveau est un objectif positif en soi), mais qui manquent totalement de culture et qui finissent par limiter leur existence à leur seul travail, comme si la vie étaie née avec une appli web dans les bras. C’est là un confort de l’esprit que tout le monde adopte et dont il faut pas négliger la force.
Ah oui, Richard Stallman n’est pas un geek. Au cas où certains voudraient me faire croire que j’ai oublié des cas.
Korben en est un. Son cas, d’ailleurs, est assez intéressant.
Il m’arrive souvent de lire son blog. Tout d’abord parce que, même noyée dans de l’inconsistance, il effectue une sorte de curation du Web qui peut servir. Il n’est pas rare d’avoir trouvé sur son site ce que je cherchais sans le savoir encore. Et ça, c’est pas mal. De ce point de vue là, j’affirme que c’est quelqu’un qui rend service à la communauté. C’est en quelque sorte le moins geek des geeks, malgré lui.
Car s’il est vrai que, par ailleurs, il défend des idées pertinentes et avec des arguments assez pertinents (par exemple dans ses “luttes” contre Hadoopi ou contre la loi sur le renseignement), il est aussi un exemple parfait, du moins publiquement, de ce qui caractérise le plus les geeks: la vision minuscule et lénifiante du monde. Oh, je ne nie pas qu’il n’ait, en quelque sorte, l’intuition de ce qui pourrait constituer le bien et le mal au sens de l’intérêt de tous, mais il a clairement un manque de connaissances, ou plutôt un manque de variété dans ses connaissances, qui ne lui permettent pas de voir le monde comme un tout, autrement, donc, que par un trou de serrure. Là, il s’agit peut-être juste d’une facette publique. Ne le connaissant pas personnellement, je m’avance peut-être en me basant uniquement sur ce qui lui permet de gagner sa vie: fournir de l’info technique aux gens.
Cependant, il y a bien d’autres actes qui me font douter du potentiel de sa face cachée.
Et les indices sont là:

  • utilisation de Facebook
  • analyse très superficielle (“oh, c’est génial/nul ce que ces gars ont fait”) et Miss. Univers (c’est pas bien pour la liberté/liberté d’expression/l’environnement) avec un argumentaire un peu copier-coller
  • une volonté évidente de sortir du lot des moutons, mais en choisissant juste un troupeau plus petit.

L’utilisation de Facebook, d’abord: il est sidérant comment des gens qui défendent la liberté du Net (et les “potes” de Korben sont exactement dans le même cas - Jérôme Choain par exemple), ne peuvent pas se passer de Facebook (et autres réseaux sociaux “géniaux”). Et là je vois venir les deux ou trois qui ont réfléchi plus de trois secondes à cette question: “mais, où est le problème ?”. Le problème c’est que, si vous êtes capable un tant soi peu de vous en passer (et j’ai du mal à voir pourquoi ce ne serait pas faisable), ne pas fournir un peu plus de données à des mecs qui possèdent votre vie dans leurs centres de calcul, c’est la moindre des choses. C’est un peu comme ne pas jeter une saleté en bord de chaussée ! Car le jour où, grâce à vos infos ils seront capables de manipuler l’opinion (c’est déjà vrai depuis hier, non ?), vous serez un peu plus un mouton, que dis-je, une huître.
Pour le reste, il suffit de lire les articles plus politiques de Korben et les comparer à des choses plus consistantes pour se rendre compte de ce que je dis (oui, faudrait-il encore que vous puissiez avoir une certaine sensibilité à l’inconsistance, désolé).
Ce pauvre garçon sur lequel je m’acharne avec tant d’arrogance est, de fait, un cas d’étude de cette fameuse culture geek, mais un cas d’étude sur lequel je vais continuer à m’interroger.
Ce ne sera pas le cas pour la plupart des autres sources d’info pour geeks acharnés: les gizmachins, ubertrucs, *gadget.com…
Là, c’est carrément la débandade.
Il m’est arrivé de lire un article, il y a deux ans je crois, où la pauvre machine qui se prend pour une journaliste (et qui en a la carte !) confond pas moins de sept fois le système solaire et la Voie Lactée. Elle écrit toujours au même endroit, à date, et il s’agit d’articles sur des sujets que nous pourrions qualifier, dans d’autres circonstances, de scientifiques ou du moins de techniques.
Oui, la culture geek est une culture de l’incompétence, car seul compte la primeur.
Et comment pourrait-il en être autrement: on y côtoient que des gens qui se croient brillants (comme moi ?…) et qui, de toute manière, tirent un grand plaisir à remarquer la médiocrité des autres (comme moi ?…). Alors, que les autres soient vraiment médiocres, ça les arrangent finalement, car ils ne pourront jamais s’apercevoir de la leur (comme moi ?…).
A cela se rajoute l’absolue vide des informations: “Samsung vient de sortir un couvercle en six couleurs différentes pour son dernier smartphone.”. Confondant.
Et si on pense que c’est là l’apanage des sites neo-fashion, il suffit d’aller cinq minutes sur un site d’utilisateurs de Raspberry PI (supposés donc bidouilleurs, hackers quoi): on peut y contempler un article de quatre pages, suivi d’une flopée de commentaires, sur un nouveau boîtier aluminium pour la Rasp. J’ai envie de dire: what the fuck ?

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