La vie artificielle du capitalisme

On s’interroge de plus en plus sur les machines et leur possibilité présente ou future à se métamorphoser en un ou des êtres conscients. Mais est-il besoin d’une existence physique propre pour “être” et être “conscient” ? Ou encore, est-il nécessaire de savoir qu’on est pour être ?
On se fourvoie très vite et on s’emmêle les pinceaux à vouloir observer le monde d’un point de vue strictement anthropocentrique, mais si on se limite à définir un “être vivant” comme une entité participant à sa survie (fusse-t-elle à travers son espèce entière), là, ça devient effarant et infini.

Car on sera effaré de découvrir que le capitalisme, ce système, est bien un… système au sens de la notion d’”être vivant”. Nous sommes sa nourriture et l’argent, la richesse, la matière de la richesse, lui servent d’appât.

1. La survie

Dès le premier instant de la vie sur Terre, et certainement ailleurs, à partir du moment où cette vie a perduré, c’est parce que les entités qui la forment ont procédé à toute adaptation permettant cette survie. Plus exactement, elles ont “tiré” au hasard des changements, dont seuls les plus pertinents ont survécu et permis la reproduction de chacune de ces entités. Il n’y a là aucun but, juste du hasard.
Dans ce sens, la Nature au sens de la Terre (de par notre vue limitée) ne semble pas être une entité en soi, dans la mesure où sa “survie” dépend de la survie des composantes. C’est en partie pour cette raison que la vision holiste de la Terre an tant que super-organisme dont on ferait partie est généralement rejetée.
Cependant, on peut s’interroger deux minutes de plus, sans prétendre conclure. Juste ouvrir l’esprit.
Il est communément admis que les organismes multi-cellulaires sont nés de la coopération de ceux unicellulaires, par la création initiale de colonies. Ainsi, conceptuellement et en rapport avec l’histoire de la vie, l’organisme animal est une colonie de cellules, regroupées par fonctions et participant à la survie de l’ensemble par leur propre survie.
Il est une théorie, pour ne pas dire une certitude, intéressante qui affirme que c’est l’absence de ressources permanentes qui a donné naissance à la reproduction, donc à l’adaptation. Ainsi, si on considère la première cellule, par exemple, elle aurait pu choisir le chemin de l’immortalité si les conditions de son environnement avaient été parfaites à son existence. En lieu et place de cela, elle a choisi l’adaptation, dont la reproduction est la meilleure manière de procéder. A chaque génération un nouveau génome permet de tester de nouvelles réponses à l’environnement. Ainsi, a-t-on la preuve de par la vie que rien n’est immuable: la vie y a répondu depuis toujours.
La vie sur Terre nous semble aujourd’hui “immortelle” et de ce point de vue elle est à l’opposé de tout organisme qui la compose. Mais, en fait, c’est juste une question d’échelle de temps. L’environnement de la Terre est lui-même changeant et on peut imaginer que la Terre, ce méga-être, est composé d’une colonie de cellules dispersée dans des fonctions qui nous échappent. Au même titre que le cancer d’un organe provoque la reproduction défectueuse et non contrôlée de cellules, il peut y avoir des espèces, donc de pools de cellules elle même auto-organisées, qui partent en vrille. Le hasard.
Le raciste va toute de suite penser à l’Afrique et se gaver de ce discours. La réalité est que l’espèce humaine tout entière, quidée par un Occident dont les valeurs ont vaincu, a échappée au bon sens et est, peut-être, devenu un cancer pour la Terre, ou du moins un parasite. La notion de parasite est d’ailleurs plus proche de la réalité: la preuve est que, maintenant qu’on finit de tout détruire, on cherche à aller ailleurs (Mars etc.).
Mais quel est le lien avec le capitalisme ?
C’est une histoire de niveau de lecture.
Le problème n’est pas de savoir si ce qui est écrit plus haut correspond à la réalité, mais plutôt si ça en est la meilleure métaphore. Je ne renie pas la possibilité de la chose, mais, puisque cela me dépasse, je me contente de l’analogie. Et l’analogie semble bonne.
Or, cette analogie on peut l’appliquer de diverses manières, en fonction de là où le regard se porte.
Toujours cette histoire de relativité: non pas qu’il existe plusieurs vérités, mais à chaque regard il existe une perception partielle de la vérité qui est souvent insuffisante, mais qui a le mérite de s’adapter au niveau de connaissances de l’observateur. Pour l’inculte, les problèmes viennent des étrangers, des sorciers, des mauvais esprits etc. Plus on est con, plus la portion de vérité est petite.
Dans le cas qui nous concerne, il ne s’agit pas de dire qu’on affirme une vérité de grande ampleur, mais en se situant entre les œillères du fanatique décroissant que je suis, le capitalisme est effectivement une bête immonde qui ne s’occupe que de sa survie parasitaire.

2. L’action

L’action d’un être pour sa survie ne consiste pas nécessairement à faire sur l’instant. Souvent, il s’agit plutôt d’anticiper, se préparer, s’adapter de par l’expérience.
En cela, le capitalisme, qui, lui, connaît bien mieux l’histoire que ses sbires, a appris à lutter contre ceux qui se révoltent contre lui et mettent ainsi son existence en péril.
Ainsi, a-t-il a développé un appât d’une complexité exceptionnelle.
D’abord, l’addiction. En augmentant en permanence l’intensité des stimuli que ses victimes les plus puissantes (et donc ses petites mains) reçoivent, il a petit à petit rendu celles-ci totalement accros à une source d’énergie qu’il maîtrise: l’argent.
Ensuite, l’effet de levier. Il a raccourcis le temps nécessaire à l’obtention d’une dose extrême. La vitesse d’évolution des choses, en commençant par la vitesse de l’information, lui sert à maintenir l’espoir de ceux qui n’ont pas encore eu la leur.
Pour finir, la famine. En créant l’abondance, mais avec l’idée sous-jacente et malgré tout, que tout peut s’arrêter, il a amplifié le désir d’accès à la ressource, ici et maintenant.
Et la source d’énergie, ne pouvant venir de nulle part, il épuise les ressources de notre Terre, l’autre organisme, sur lequel il a proliféré.
La fin étant immédiatement évidente, peut-on conclure qu’il court à sa perte ?
Peut-être que ce capitalisme omniscient sait que tout a une fin et que lui-même s’est pris dans l’idée que il faille tout avoir, ici et maintenant.